jeudi 9 mars 2017

Michèle Torr, A nos beaux jours. Par Laurent Chalumeau.


C’était il y a 22 ans ces jours-ci. Un disque de Michèle Torr paraissait. Un disque malheureux, malgré son titre. A nos beaux jours. Malheureux car il allait être mal aimé. Mal aimé de ceux qui l’avaient conçus, mal aimé de ceux qui l’avaient réalisé,  mal aimé de la chanteuse elle-même et enfin mal aimé du public.
Mal aimé du public car ce sera, quelques mois après sa sortie, celui de la chanteuse qui se sera le moins bien vendu. Mal aimé de l’artiste car, moins d’un an après sa sortie, elle allait déclarer, au moment de monter sur la scène de l’Olympia pour son retour à Paris après neuf ans d’absence, en 1996, qu’elle ne l’aimait pas, ce disque, et qu’elle n’en chanterait aucun des titres. Et mal aimé, donc, de ceux qui l’ont conçu et réalisé… Mal aimé en particulier de l’auteur de l’ensemble des paroles des chansons de l’album, un certain… Laurent Chalumeau.
C’est donc vingt ans après cette expérience, douloureuse pour tous ceux qui y ont participé semble-t-il,  que le parolier d’A nos beaux jours s’est confié sur la façon dont il a vécu l’aventure.


Au moment de sa sortie pourtant, tout semblait se passer pour le mieux. De beaux jours en effet puisque, presque en même temps, Michèle Torr apparaissait, radieuse, à la une des journaux, au bras de celui qu’elle venait d’épouser à la mairie de Mérindol, dans le Vaucluse, Monsieur Jean-Pierre Murzilli. Pour son second passage devant monsieur le Maire, elle était vêtue d’une robe blanche inspirée de la tradition provençale la plus pure et semblait bien loin d’éprouver les sentiments évoqués dans la chanson phare de son nouvel album. 


Car les paroles d’A nos beaux jours sont infiniment tristes… Supplique d’une femme qui, au moment de la rupture, demande à l’homme qui la quitte - à moins que ce ne soit elle qui s’en va ?- de lui faire l’amour, une dernière fois.
« Ne sois pas triste
Je sais c’est fini
Mais c’est la vie
Et la Terre n’en tournera pas moins
Soyons heureux d’avoir eu ce temps
A passer ensemble
Nul besoin de redire ces choses
Que nous savons trop bien
Pose ta joue là sur l’oreiller
Glisse ton chaud et tendre corps
Sur le mien
Et entends couler doucement
La pluie dehors contre le carreau
Une dernière fois fais-moi l’amour
Comme au cours
De nos beaux jours ».


En 1993, Francis Dordor, journaliste puis rédacteur en chef du magazine Best pendant une vingtaine d’années, parle au téléphone avec le PDG de Musidisc, où Michèle Torr est à nouveau sous contrat, avec la sortie de son album A mi-vie sous le label AZ. Alors qu’un album de reprises de musique country vient de sortir en France « « Quatre millions aux Etats-Unis. Ici quatre exemplaires ») l’analyse de Francis Dordor est la suivante :
« Le public « country » chez nous, c’est celui de Sardou, Nicole Croisille, Daniel Guichard, Michèle Torr… ».
Il n’y a donc « qu’à faire chanter de la country à Michèle Torr […pour que ça vende ici] » !
Le concept n’était pas révolutionnaire. Combien de chansons anglaises ou américaines Michèle Torr elle-même avait-elle déjà reprises ? Ses premiers disques n’étaient constitués, comme bon nombre de ceux de ses consœurs  et confrères « yéyé »,  que de cela. Et l’un de ses plus gros tubes, Je m’appelle Michèle, était aussi la reprise de Rhinestone Cowboy  de Glen Campbell.
Mais le PDG de Musidisc est convaincu de ce qu’il s’agit là de « la meilleure idée depuis longtemps à propos de Michèle », alors il propose à Francis Dordor, devenu entre temps directeur artistique chez Musidisc, de partir pour Nashville, avec Michèle Torr, pour qu’elle y enregistre un album de reprises country. Francis Dordor, pas disponible à ce moment pour un tel projet, propose à un de ses amis, journaliste à Rock et Folk,  de prendre le relais et de s’en occuper. Cet ami, c’est Laurent Chalumeau.
A l’époque, c’est lui qui écrit chaque soir le sketch qui constitue, pour Antoine de Caune  avec ou sans José Garcia, la conclusion de Nulle part ailleurs. Il a donc travaillé pendant dix ans pour Rock et Folk, dont sept aux Etats-Unis, et publié en France un premier roman, Fuck.


« Michèle Torr ? Alors, de Michèle Torr, je vais vous dire, c’est très simple: de Michèle Torr jusque là, j’ignorais tout. Je n’en sais aujourd’hui guère plus. Mais là, il y a bientôt [vingt-cinq] ans, je m’en faisais juste l’idée d’une chanteuse « France profonde », sur la foi de « Emmène-moi danser ce soir », entendu quelques fois à l’arrière d’un taxi. En effet, suprême instantané de misère sexuelle lumpen pavillonnaire, le texte de François Valéry et Jean Albertini propose comme un pendant féminin au « Tu te laisses aller » d’Aznavour. Un « Tu me laisses rouiller » dans lequel une ménagère de moins de cinquante ans constate : « Ca fait six ans que nous sommes mariés. Tu m’as donné de beaux enfants tu sais. Et depuis ce p’tit bal où l’on s’est rencontré, je n’ai pas cessé de t’aimer ». Jusque là, se dit-on, un gentil petit couple où tout semble rouler. Sauf que oui, mais voilà : «  Ce soir j’ai envie de déposer mon tablier ». Déposer, hein, pas rendre. T’énerve pas, Régis. C’est juste pour une soirée. L’occasion, te dit-elle, « de ma faire belle pour toi comme par le passé ». Bonne volonté, en plus. Epilée, maquillée, sa belle robe et ses plus hauts talons. Mords-moi cette soumission aux canons du désir masculin. Pardon ? C’est « normal dès l’instant que c’est une femme, qu’elle se donne un peu d’elle-même la peine d’être féminine ». Oui, non, Régis, c’est sûr : c’est comme ça qu’elle doit être, fringuée sexy et tout, tous les soirs de la semaine, une fois les mômes au lit, des fois que tu serais d’humeur. Mais bon, là, juste, ce qu’elle essaye de demander, c’est, exceptionnellement, et sans trop te déranger, « ton fauteuil, ton journal, tes cigarettes et la télé/ce soir laisse-les de côté ». Et à la place, suggère-t-elle dans le refrain : « Emmène-moi danser ce soir. Joue contre joue et serrés dans le noir. Fais-moi la cour comme aux premiers instants. Comme cette nuit où tu as pris mes 17 ans ». 17 + 6 ans de mariage = 23. Mais on voit en même temps que ça vaut pour tous les âges. Comme dit Sardou, les cheveux blonds, les cheveux gris - les cheveux bleus même - peuvent reprendre tous en chœur : « Emmène-moi danser ce soir. Flirtons ensemble enlacés dans le noir. Timidement dis-moi « Michèle, je t’aime ». Amoureusement je suis restée la même ».
Demandé comme ça, comment ne pas dire oui ? Mais Régis, je m’excuse, il a son caractère, tu le retournes pas comme ça. Notre épouse en jachère revient donc à la charge : « il n’y a plus que tes amis et le football qui comptent pour toi ». Ajoutés aux fauteuils, cigarettes et télé du couplet précédent, ça nous donne une idée des folles soirées du couple. Et puis ça les situe. Si, désolé, du coup, on est en France camping. Les basses classes puent la sueur, salauds de pauvres, dans Jean-Pierre Pernaudland. « Et j’ai l’impression que tu ne vois plus en moi que la mère de tes enfants ». Se reporter ici au « je suis restée la même » du refrain, un poil présomptueux si je peux me permettre. Plusieurs enfants (ah, c’est que le gars Régis, les premiers temps…) en tout juste six années, les grossesses, l’allaitement, le corps a dû s’affliger, quand même. Peut-être ça aussi qui lui tempère l’ardeur, à régis, désormais. Hé oui ! Les couples, c’est jamais blanc ou noir. « Je ne te demande pas de m’offrir des fleurs tous les jours. Mais de faire de temps en temps un geste d’amour ». Allez Régis, quoi ! Un petit geste d’amour. « Et ce soir je voudrais encore une fois te retrouver. Rentrer au petit jour et puis t’embrasser ». Sur ce, elle redemande et au moins elle aura essayé : « Emmène-moi danser ce soir. » Etc.
Enfin, danser, danser, pas nous prendre pour des truffes non plus. Elle a bon dos, la danse. La danse, ici, comme synecdoque faux-nez au don de corps fripon et à l’échange de fluides. Mais c’est cool. Pile dans la tradition blues, soul et rythm & blues, donc rock, où on dit dance à la place de coup de bite. Ca passe sur RTL, le dimanche, quand Régis en survêt passe la voiture au jet, et on comprend : maman mendie sa dose. 


Et donc, tout ça pour dire, puisque c’est ça le grand air de Michèle Torr, après tout, pourquoi pas ? Non, c’est vrai « Oh please tonight take me (out dancing) », c’est bien un truc que Tammy Wynette aurait pu chanter à George Jones. Et du coup ouais, comme l’a diagnostiqué Dordor, son public affiche un cousinage certain avec celui des grandes génisses sacrées de la Palefrenier Music. Et le patron de Musidisc n’est peut-être pas complètement à l’Ouest (country/à l’Ouest - you dig ?) quand il se dit que, ouais, ça s’essaye, qu’il faut le voir porté.

Mais attention, d’emblée, je dis à Dordor, surtout, surtout, quoi qu’on se retrouve à faire de son idée baroque, de ne pas se fourvoyer à le faire à Nashville. Deux francaouis, rock critiques renégats, et la blonde qui roule les R, laisse tomber […] Dans mon idée, de « country », les chansons ne vont rien garder. A Roissy, dès la douane, on va les dépouiller de leurs oripeaux folkloriques. Les relooker continental, un registre variété internationale de bon aloi. Sobre, classieux, passe-partout, comme une petite robe noire. Réserver les paroles, comme on dit en cuisine, isoler la mélodie et reconstruire autour. Qu’au bout du compte, que le public français n’ait aucun moyen de les raccorder au tchakapoum twang twang cow-boy originel. Du coup, pour ça, on sera aussi bien à Paris ».


« Le meilleur moment, ce fut le choix des chansons : le répertoire country est un hypermarché ouvert rien que pour moi. Je déambule dans les allées en poussant mon chariot […] «Don’t Make My Eyes Blue ». Méga succès pour Crystal Gayle jeune sœur de Loretta Lynn, en 1978.
Pas vraiment country. Plutôt easy listening. Mais jolies petites afféteries au piano et phrasé magistral, en syllables étirées et fin de vers feulés[…] “Please Help Me I’m Falling (in Love With You)”. Succès pour Hank Locking, 1960, repris ensuite par des palanquées de gens. Paroles bêtes comme choux : la tentation adultérine, 5 à 7 sacripants ou carrément désertion du domicile conjugal […]  « J’appartiens à un autre dont les bras sont devenus froids […] Quand je suis avec toi je perds ma volonté d’être fidèle » […] Tout ça pleurniché sur une petite mélodie de rien, simpliste et entêtante comme une comptine, pour figurer la régression en faiblesse enfantine de celle que la tentation taraude. […] Tant que j’y suis, dans le genre petite chanson concise irréfutable, je rafle pour le même prix « She’s Got You », du Patsy Cline composé en 1962 par Hank Cochran […] »
Ces chansons deviendront successivement Mes yeux bleus sont gris, Au secours et C’est elle qui t’a.


 « Je poursuis mes achats avec « D.I.V.O.R.C.E » de Tammy Wynette. […] Là c’est un couple qui va mal. Régis a annoncé qu’il se barre avec la secrétaire - que, elle, elle accepte la sodo et sort pas son chapelet chaque fois qu’il lui propose une ‘tite pluralité. Donc là, le jour où leur divorce est prononcé, ils sont en train de discuter. Mais pour ménager le môme (ça, Régis est d’accord : protéger le gamin. D’ailleurs, cesse de chialer devant lui. Tu veux en faire une fiotte ?), ils épellent certains mots qu’ils ne veulent pas que le petit comprenne […] c’est les sanglots longs, morve et larmes confondues, que ravale Tammy avant d’attaquer le refrain […] Au rayon outlaws plus ou moins repentis, je me rue sur « For the Good Times” avec Bobby McGee et « Help Me Make It Through The Night », l’autre classique éternel de Kristofferson.
La première conservera le même titre, la deuxième deviendra  A nos beaux jours, mais la troisième ne sera finalement pas retenue.


« Toujours chez les outlaws, je rafle « Nightlife », une vieillerie de Willie Nelson, composée bien avant de virer « hors la loi » […] Tant que j’y suis, dans la section Willie, je cueille aussi « Always in my mind ». Tout le monde connaît sa version, celle d’Elvis ou celle des Pet Shop Boys, versions masculines (ou assimilées), même si ce mea culpa marital fut créé au féminin en 1972 par Brenda Lee et fonctionne depuis dans les deux sens (Régis pourrait le chanter à sa petite femme avant de l’emmener danser ce soir) : « Peut-être que je ne t’ai pas traité(e) aussi bien que j’aurais pu. Peut-être que je ne t’ai pas aimé(e) aussi souvent que j’aurais dû ». Mais bon, pendant toutes ces « migraines », toutes ces nuits à l’Ibis du cul-tourné, obligé de te branler dans le noir, je veux que tu saches, pour la belle jambe que ça peut te faire maintenant, « je t’avais toujours à l’esprit ».
[…] 0ui mais alors, j’entends d’ici, ça fait beaucoup de chansons conjugales. Ça, de fait, en country, c’est souvent. Le genre veut un peu ça. Mais je suis ouvert aux remarques, et c’est pour ça, pour alterner lent et rapide, dans l’allée Country Rock, que j’attrape « Even Cowgirls Get The Blues ». [L’auteur, Roney Crowell,] est un garçon qui a des références : un temps gendre de Johnny Cash, quand il compose la chanson en 1978, il est l’une des pointures qui jouent derrière Emmylou Harris et c’est sans doute plus qu’un peu en pensant à elle qu’il trousse cette ode à la bougeotte et aux filles qui en sont saisies. Chouette chanson pousse-au-cul, à la fois propulsive et mélancolique. Une merveille en bagnole ».
Ces trois chansons deviendront La vie la nuit, Je te portais dans mon cœur et (Même ta femme a) Des états d’âme.


« […] j’en vois qui daubent sur le millésime des sélections. 78, au mieux, t’as rien de plus récent ?[…] et là, pour leur fermer leur gueule, je sors, larrr !, « Pulling back the reins », chanson de K.D. Lang sur l’album Absolute Torch & Twang, […] suffisamment initiée pour savoir, non seulement pasticher le genre avec des clins d’œil faciles aux folles du premier rang, mais le célébrer, l’explorer, et au passage, pleinement s’y exprimer.[…]
Et pour parer à d’éventuels procès en sectarisme, dans mon shopping « country » pour le « disque-country-pas-country » de Michèle Torr, il ne va pas y avoir que de la country. Ha ! Il y aura aussi « In all the right places », composée par John Barry (James Bond, Amicalement vôtre) et Lisa Stanfield pour le film Proposition indécente, pur exemple de ce qu’on appelle la kitchen sink soul. Soul d’évier, pour ménagère «moins de cinquante » et femme au foyer désespérée. L’évier, c’est top pour écouter des chansons tristes. Tu pleures dedans, pas obligée de passer la serpillère après. Donc kitchen sink soul, ça se mariera très bien avec la kitchen sink country déjà mise dans le chariot. Un peu de liquide vaisselle et tu vas voir la mousse ».
Ces deux chansons se métamorphoseront en Un chant de sirènes et Là où fond la banquise.
« Dix titres, on est paré. Il n’y a plus qu’à ».


« Pas tout de les avoir choisies. Encore faut-il les adapter en français. Au début, j’essaye de coller au plus près des originaux, dans des trades aussi littérales que possible, négociées au cent près avec l’immanquable inflation syllabique du français. Parfois les pieds (lol !) rentrent dans la chaussure : « For the good times » devient « A nos beaux jours ». « Please Help I’m Falling (in Love With You) », « Au secours car je tombe (amoureuse de toi )». « Dee. Aille. Vee. O. aRe. Cee. Eee” se retrouve “Dé-I-Vé-O-AiR-Cé-Eu”. Je me démerde aussi à peu près de « Nightlife ».
Ce sera plus difficile avec Don’t it make my brown eyes blue de Crystal Gayle : la logique aurait voulu que, plutôt que les bleuir, il aurait fallu les rendre rouge, comme ceux d’un lapin russe, mais «Michèle Torr avec les yeux rouges ? Ts. Le monde n’est pas prêt”.
Va donc pour “Quand ils pleurent mes yeux bleus sont gris”. Puis « Even Cowgirls Get The Blues » donne « Même ta femme a des états d’âme », « un « Emmène-moi danser ce soir » monté en préavis de grève du sexe à la Loretta Lynn ».
Plus difficile encore l’adaptation de la chanson de K. D. Lang :
« …je m’applique à respecter, non pas la métaphore équestre ([« Pullin' back the reins »] tirer sur les reines, bien droite dans la selle), mais la sonorité des rimes originales, produisant ainsi un aboli bibelot d’inanité sonore onirico-fumeux poéteux à compte d’auteur » et
“Pullin' back the reins
Trying to remain
Tall in a saddle
When all that we had well
Ran away” de devenir:
“Un chant de sirènes
Toujours me ramène
Aux délectables
Souvenirs de sable
J’ignorais 
J’ignorais
J’ignorais
Qu’un jour j’aimerais jaune ».
Bon. Les sonorités sont respectées. Les images sont parlantes : la mémoire (le chant de sirènes) qui nous ramène sur les lieux des souvenirs heureux quand après la rupture ou le désamour on rit jaune… Alors parler d’ « aboli bibelot d’inanité sonore onirico-fumeux poéteux à compte d’auteur» n’est-ce pas un peu trop se battre la coulpe, Monsieur Chalumeau ? Et lui de continuer :
« Mais c’est « All the right places » qui dérouille le plus cher et vire au fruit de mer coincé dans l’œsophage de Nicole Croisille : « Là où fond la banquise » Paroles eau de vaisselle pour de la soul d’évier, fermez le ban ».
C’est lui qui le dit !


« Un beau jour, peu après avoir commencé le vandalisme de ces pauvres chansons (c’est encore lui qui le dit), je me retrouve rue Saint-Lazare, face à l’Artiste, dans un petit studio riquiqui. But du jeu, enregistrer quelques titres, « pour voir ».
Premiers échanges avec l’Artiste, courtois, mais prudents de part et d’autre. Je suis censé, sinon diriger, du moins stimuler la séance. Or, c’est une dame, c’est mon aînée et je ne la connais guère. Je ne me vois donc pas commencer à lui donner des ordres. Surtout, elle tangente les trente ans de carrière. Moi, ça fait certes trente ans que j’écoute des disques (pas les siens, ni les mêmes qu’elle). Mais à sa différence, je n’en ai jamais enregistrés. Aussi ne sais-je que faire de la circonspection où ce que j’entends me plonge vite.
En effet, c’est la première fois que je prends la peine d’écouter sa voix et, ma foi, de la voix, elle en a. […Elle] fait étalage naturel d’une belle voix à l’ancienne. Une voix dont on disait jadis qu’elle aurait pu « chanter le bottin ».
Selon M. Chalumeau, « sur les pauvres bandes orchestres qu’un gars a bricolées avec une boîte à rythme et un Bontempi » cela manque de « ressenti », d’expressivité.
« …mais qu’y connais-je aussi ? Peut-être est-ce normal. Je me dis donc, là, c’est juste qu’elle découvre les chansons. Et puis il va y avoir un producteur. Ce sera à lui de la faire recommencer. Lui il saura. C’est son boulot. »

Malgré cela, … « les maquettes convainquent. Ça se fête au Lutetia, servis dans un petit salon à l’étage. Il y a l’Artiste, le patron de la maison de disque. L’attachée de presse, aussi, histoire que la chanteuse ne se retrouve pas être la seule fille. Et puis, donc, Jah Dordor et yours truly, en train de déjeuner avec Michèle Torr. Far fucking out, nan ? Des trois fois où j’aurai croisé l’Artiste, celle-là aura duré le plus longtemps. Le temps d’un déjeuner d’affaires. Deux heures douche comprise. Pour autant, l’insolite du plan de table excepté, je ne garde aucun souvenir de la circonstance. De quoi déduire que ce ne fut pas la grosse éclate, mais pas une douleur anale non plus. Tout a donc dû, sinon bien, du moins benoîtement, se passer. Dès lors, puisque pas de souci, étape suivante ».


« Dans un premier temps, l’idée est d’enrôler un gars avec qui l’Artiste a déjà travaillé et qui la rassurerait : un certain Bernard Estardi, légende de l’industrie musicale française […] qui [à Michèle Torr, Dordor et Chalumeau] dit gentiment : «  Non »
Mais à Dordor et Chalumeau seuls,  tout le mal qu’il pense du projet.
Finalement, ils vont donc s’adresser à un « type dont [Laurent Chalumeau a] oublié le nom […] mais dont Francis [Dordor lui ] dit qu’il a bossé avec Bashung sur l’enregistrement de « Osez Joséphine ». Son nom, c’est Eric Clermontet, et lui, « conquis par le projet », alors qu’il ne connaît pas les originaux mais trouve les chansons « extras », il va accepter de devenir le producteur du disque.
Laurent Chalumeau lui fait son « numéro sur les orchestrations surtout pas country, plutôt lounge pop sobre et de bon goût façon Stardust, voyez ? Stardust ? Non, il ne voit pas…». Mais, tout de même, malgré quelques inquiétudes, après avoir reprécisé “Nicht country. Nibe banjo. Nada pedal steel ”“[o]n tope. Ça va être super. Le gars a bossé avec Bashung”.

Passons à l’enregistrement: “Chanteuse et producteur sont entrés en studio. Je n’y passe qu’une fois. Déjà ne pas donner l’impression de fliquer. Et surtout, on se fait rarement chier comme en studio quand on n’a rien à y foutre. […] ils sont en train de caler un « re-re » de percu […]La chanteuse attend son tour, patiemment, habituée. C’est la troisième et dernière fois que je l’entraperçois. Ça va? Tout se passe bien? Bon ben super alors. Bon courage, bon travail et bonne continuation”.

Nouvelle déconvenue : K.D. Lang refuse que l’on adapte « Pullin' back the reins » : elle veut bien que sa chanson soit reprise, mais pas adaptée. Clermontet propose alors à Chalumeau d’écrire lui-même une mélodie  pour « des belles paroles comme ça », et Chalumeau accepte, « curieux. Curieux et impatient. Qu’ils aient fini l’album. Qu[‘il] entende ce que ça donne. Et surtout [“sa”] chanson. »

Mais quand Laurent Chalumeau entend l’album, il a “envie de pleurer” car « Elle, elle chante à l’aveugle, malheureuse. Loin de chez elle. Comme un enfant tchadien emmené danser ce soir de force par l’Arche de Zoé » et car «au lieu » de la variété internationale bécébégé demandée » il y a « du Tex-Mex, du Cajun, du Delta Blues, de la Blue Eyed Soul, du Zydeco, […] du Folk-Rock, du Gospel». Il trouve cela « lourdaud », mais le pire, c’est lorsqu’il découvre qu’en fait de mélodie originale pour les paroles inspirées par « Pullin' back the reins », Eric Clermontet s’est contenté de changer les douze premières mesures de l’original. Chalumeau pense que c’est illégal mais Clermontet se montre sûr de son fait. 


Laurent Chalumeau se montre donc très critique quant à ce disque. Un « disque, écrit-il,  pour lequel il n’existe aucun public…Un disque orphelin, comme certaines maladies. Intouchable mais pas « maudit » non plus. Juste un disque “pour quoi faire?”. Un disque pour rien. Un disque “mais qu’est-ce qui leur a pris?” ».
Résultat? Il ne se vend pas.
«Une justice et une injustice, quand t’y penses. Pauvre Michèle Torr qui n’emmerdait personne, peinarde dans son coin, avec son public. On vient lui prendre la tête avec de la country, deux ex-pigistes « rock » et voilà le résultat : pire vente de sa carrière. Elle, la pauvre, on ne peut rien lui reprocher. Dans l’affaire, c’est elle la victime».
« Quelques mois plus tard, à l’occasion de son passage à l’Olympia, je lis dans Le Parisien une interview de Michèle Torr. En substance elle déclare : « Je n’aime pas ce disque. Je n’en chanterai aucun extrait ce soir sur scène ». L’air de dire […] ce disque n’existe pas».
Et lui, que lui en reste-t-il?
« Non, le seul bon souvenir, quoi qu’on puisse dire du résultat, c’est le travail sur les textes : là, après des années planqué derrière l’effet, la vanne, la dérision, le temps de dix chansons, je me serai essayé au premier degré nu [et…] j’ai kiffé : ne serait-ce qu’envisager la possibilité de [la] puissance [d’]émouvoir ».
« Cette leçon valait bien un fromage, sans doute. Donc merci Michèle Torr. Merci Francis Dordor …»

Voilà.
(Nous avons recueilli ce témoignage de Laurent Chalumeau dans la revue Schnock, n°3, La Tengo Editions, été 2012. Michèle Torr dans le texte, par Laurent Chalumeau, pp.126 à 141).

*


« Il s’agit de l’adaptation de dix standards américains, comme Always in my mind, créé par Willie Nelson et immortalisé par Elvis Presley. Un registre dans lequel on ne m’attend probablement pas, mais qui m’a procuré énormément de plaisir. Depuis longtemps je voulais modifier mon répertoire, en lui donnant une nouvelle coloration. J’espère simplement que le public va y adhérer » dira - promo oblige - Michèle Torr (à Gérald Levrault, Télé Star).
« Prenez une chanteuse bien française, un producteur plutôt branché et deux journalistes très rock’n’roll, mélangez le tout et vous obtenez un cocktail savoureux et vraiment inattendu, le nouvel album de Michèle Torr, « A nos beaux jours », écrira Christine Descateaux, dans Télé 7 jours.
Mais Michèle n’ira jamais à Taratata, comme l’avait suggéré Télé Poche. On ne la verra guère que dans la quotidienne de Michel Drucker puis toute une semaine chez Pascal Sevran.
Et Michèle, après avoir chanté quelquefois A nos beaux jours ou Mes yeux bleus sont gris (toutes deux sorties sur un single) sur scène, lors de la tournée qui a suivi la sortie de l’album,  va, après les avoir retirées de son tour de chant, claquer la porte de chez Musidisc, choisir de se passer désormais du label AZ et franchir le pas. Désormais « seule », (c’est d’ailleurs là qu’elle aurait pu avoir l’idée de remettre ses deux « L » à son prénom) elle va devenir sa propre productrice, enregistrer Le meilleur de Michèle Torr en public à Meaux fin 95 et se produire à l’Olympia en janvier 1996, avant une longue et brillante tournée de deux ans environ et la sortie de Seule, en décembre 1997.
Cependant, quelque chose de ce disque va continuer d’exister puisque Je te portais dans mon cœur sera repris en 2008 sur l’album Ces années-là ! avec pour titre Toujours dans mon cœur puis fera partie des tours de chant Avant d’être chanteuse (Olympia 2011) puis En concert avec vous après la sortie du CD Chanter c’est prier en 2012.


Et nous, son public, qu’avons-nous pensé de ce disque ?
On pourrait dire qu’avec le recul, il y a  deux courants : celui, majoritaire, de ceux qui n’ont pas accroché et qui l’ont oublié ; et celui, beaucoup plus discret, ce ceux qui l’ont beaucoup aimé. Car en effet grâce à lui le répertoire de Michèle Torr a, pour un temps, pris les couleurs diverses et variées de toutes ces musiques d’au-delà de l’Océan…Atlantique…en même temps que les mots de Laurent Chalumeau venaient renouveler le propos.
Ces chansons américaines, pour la plupart écrites en chantées par des hommes, ont été adaptées pour une femme par un homme. Elles ont toutes en commun d’évoquer les états d’âme de la femme de classe moyenne, demeurée au foyer et se préoccupant surtout des ses sentiments. Et donc d’amour. Bovarysme à toutes les pistes. Y compris à la première, qui nous laisse voir couler les larmes de la dame aux yeux bleus, devenus gris suite à la trahison de Monsieur. Ecrites par un homme, certes, mais non dépourvues de féminisme parfois. Car on aura bien compris que ce qui déplaisait à Laurent Chalumeau dans le répertoire (qu’il connaissait mal) de Michèle Torr, et dans Emmène-moi danser ce soir en particulier, c’était cette image d’une femme soumise à l’homme et à ses désirs, hésitant à exprimer ses sentiments et ses aspirations, n’osant pas imposer son droit à s’épanouir. Les rêves et les amours de Madame Bovary étaient peut-être risibles parfois, mais ils avaient le mérite d’exister et l’on pouvait trouver désolant que, quelques cent ans plus tard, les femmes en soient encore à devoir quémander, pour un soir, le plaisir d’une danse dans un bal de province après seulement six ans de mariage et un quotidien des plus ternes.
Alors Laurent Chalumeau a vengé Michèle Torr.
Ou plutôt toutes les femmes qui subissent le triste sort de l’héroïne d’Emmène-moi danser ce soir. En lui offrant la possibilité d’enregistrer un disque sur les femmes, trompées ou trompeuses, trahies ou traitresses, mal aimées mais aimantes ; des chansons écrites par un homme certes, mais qui parlent de toutes les femmes. Un disque féminin en somme. 


Certes, celle qui parle dans Mes yeux bleus sont gris, A nos beaux jours, D.I.V.O.R.C.E, Au secours  ou C’est elle qui t’a, pourrait être « la même » que celle qui aimerait aller danser ce soir. Monsieur la fait pleurer et du coup, ses yeux bleus sont gris et, prête à tous les compromis, elle se fait plaintive:
« Une autre t’a séduit
Quand ils pleurent mes yeux bleus sont gris
Si tu pars tu le sais
Mon monde s’écroulerait
Tu me rayes de ta vie
Quand ils pleurent mes yeux bleus sont gris
Tu gardes des secrets
Dis des mensonges
Pas d’explications
Tu sais qu’elles me rongent
Dis-moi que tu m’aimes
Oui dis-le quand même
Dis ce que tu veux
Mais jamais adieu ».
A Monsieur qui s’en va, elle demande d’essayer de faire en sorte de préserver leur enfant au moment du divorce :
« Notre fils a déjà quatre ans
Un grand garçon bientôt
Dont parfois pour qu’il ne les comprenne pas
Nous épelons certains mots
[comme jeu, surprise, divorce ou enfer]
Le D.I.V.O.R.C.E est jugé aujourd’hui
Le petit S.E.R.G.E et moi partons d’ici
Je vous aime et ceci va faire
Un E.N.F.E.R de ma vie
Que faire pour que n’ait pas lieu
Ce D.I.V.O.R.C.E ? »,
Divorce.
L’injustice réside en ce que, alors que Monsieur n’a pas eu tant de scrupules à tromper Madame, elle, malgré la tentation, a bien du mal à franchir le pas quand l’opportunité se présente, éducation judéo-chrétienne oblige :
«Ne me tente pas…
Repousse-moi mon amour…
J’appartiens à un autre
Ses bras ne me serrent plus
Mais avoir dit oui m’ôte
Tout droit à l’imprévu
Jamais ne serai-je libre
Oui mais quand tu es là
La force d’être fidèle
Me manque crois-moi
Au secours car je tombe
Et c’est un péché
Passer ton seuil me tente
Retiens-moi d’entrer…
Au secours car je tombe
Amoureuse de toi »,
Au secours.


A la maison, quelles sont les armes de Madame quand elle veut se venger du comportement de Monsieur ?
La grève du sexe, bien sûr :
 « Trop souvent j’ai découragé
L’amour que tu voulais faire
Et souvent je t’ai refusé
La vie qui semblait te plaire…
Toujours remettre au lendemain
Ce qui fait de moi ta femme
Tendres mots faits et gestes petits riens
J’en ai laissé passé l’heure… »
Et tant pis si après, elle regrette… 
A l’heure des regrets, Madame se fait donc câline :
« Donne-moi une chance de regagner ton corps…
Oh ! oui encore…
Je te portais dans mon cœur… »,
Je te portais dans mon cœur.
Et elle lui demande, au moment de la rupture, une dernière nuit d’amour (mais là, encore, déjà ou enfin, n’est-ce pas… du plaisir charnel qu’elle ose exiger ?
« Glisse ton chaud et tendre corps
Sur le mien…
Une dernière fois fais-moi l’amour
Comme au cours
De nos beaux jours ».
Car elle l’avoue :
« L’amour passe…
C’est de l’ennui…
Ce n’est pas que  je n’t’aime plus
Plutôt de l’innocence perdue… ».
 « J’ignorais
Qu’un jour j’aimerais jaune ».
C’est ainsi que se termine le refrain d’Un chant de sirènes, un blues magistralement interprété sur le thème de l’amour qui s’achève,  avec en point d’orgue ce beau jeu de mots qui en fait apparaître toute la tristesse. 


Si on en est arrivés là, c’est que Monsieur n’a pas fait beaucoup d’efforts :
(Même ta femme a) Des états d’âme est une chanson très souriante qui, sur un rythme plaisant et enlevé, sur le même thème qu’Emmène-moi danser ce soir,  vise à faire comprendre aux maris qu’ils doivent prendre soin de leur femme, car elle mérite d’être traitée « juste aussi bien que la télé ». Souriante, vraiment ? Est-ce que cela n’irait pas un peu plus loin ?
 « Elle tient ta maison et tes enfants
Et le tout en souriant
Mais sans pour autant en faire un drame
Ta femme a des états d’âme
(Et oui, car une âme, elle en a une, bien qu’on ait cru longtemps qu’elle n’en avait pas. Ainsi que de l’esprit ! Si, si…)
La vaisselle ne se fait pas toute seule
Et quand le linge est rangé
Reste avant de pouvoir fermer l’œil
Le repos de son guerrier ».
Elle se sent « comme un continent resté à ce jour inexploré », et rêve de « se laisser porter là où tu ne l’as jamais emmenée… »
Où ça ?
Ouh la la ! est-ce là l’aveu que… tu ne la satisferais pas?
« Elle est solide on lui laissera ça
Ça sert pour vivre avec toi »,
Et vlan !
(Même ta femme a) Des états d’âme.


« Dans la mer, les huîtres, et dans les huîtres…la perle ».
Mais, quand au arrive au bout de l’album, on finit par avoir l’assurance que c’est bien de cela qu’il s’agit: Monsieur ne se révèle pas toujours apte à emmener danser Madame… « aux septièmes cieux ».
Dans Là où fond la banquise, il est encore question de la femme quelque peu délaissée par son homme, comme dans Emmène-moi danser ce soir et dans tant d’autres chansons. Mais ici, le principal grief, ce n’est pas « ton fauteuil, ton journal, tes cigarettes et la télé », c’est… le plaisir charnel. Car à trop avoir été négligée, Madame finit par se sentir aussi froide… que la banquise.
« J’attendais que tu m’y emmènes
Pour un jour moi aussi aller
Là où fond la banquise… »
Et, dès lors que Monsieur l’emmène danser, ou sait se servir avec précision de ses lèvres, c’est en râle amoureux que se transforme le chant de Madame.
« Si nous dansons seuls tous les deux
Perdus dans la foule
Quand tes bras m’enserrent de leur mieux
Sens-tu de mon ventre la houle ? »
Et la femme frigide se métamorphose, au contact de ces lèvres expertes, en femme-fontaine. « Et je me noie
Des sensations exquises
A chaque fois
Tes lèvres se font précises
J’entends la musique… »
Après cela, elle se dit prête à tout… Mais à quoi ? Chhhhuuuut !
« Car pour l’amour l’un de l’autre
Rien ne nous effraie
Et lors des nuits comme les nôtres
Il n’est rien que je ne ferais
Là où fond la banquise… »
Tombée en pâmoison, elle  se dit élevée aux septièmes cieux et nous jure tout ce qu’on veut. Et l’on se sent magicien !
C’est donc que La vie la nuit de Madame n’est pas toujours si froide !
« Alors là où fond la banquise
Tu me fais rêver
Et je jure que je t’aime…
Oui je jure que je t’aime… ».
A moins qu’hélas! cela ne soit qu’un rêve…
Car il faut bien rassurer Monsieur quant à ses compétences.


Il fallait un parolier tel Laurent Chalumeau pour oser mettre l’air de rien de tels mots dans la bouche de la somme toute très fade et gentille dame d’Emmène-moi danser ce soir.
Les arrangements de ce disque, signés Eric Clermontet, n’en déplaise à un Laurent Chalumeau déconcerté par la différence entre ce qu’il avait imaginé et ce qu’il a entendu, en sont très soignés (avec de multiples instruments et de très belles cordes arrangées quant à elles par Shiro Sagisu), les chœurs sont assurés par la chorale des Chérubins de Sarcelles et la palette vocale de la chanteuse y est particulièrement variée, le chant précis et très finement nuancé. Même si on peut le trouver un peu impersonnel (il a été entièrement conçu avant d’être proposé à Michèle Torr, -mais qui mieux qu’elle pouvait chanter ces titres ?-),  cet album, livré dans un bien bel écrin, est, musicalement, un de ses tout meilleurs albums.


Il y a quelques jours à peine, Michèle Torr répondait à Philippe Lacoche, lors d’une interview pour blog-picard.fr/dessous-chics :
Vous avez travaillez, il y a plusieurs années, avec l’écrivain et l’ex-critique rock Laurent Chalumeau. Etait-ce une belle expérience ?
Oui, bien sûr ! C’était une idée à lui ; il avait envie de m’entendre chanter des chansons country. Il les avait adaptées pour moi en français. Ce fut une très belle expérience ; j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Je fus étonnée sur le moment, mais j’étais heureuse de cette envie qu’il avait. On a passé en studio des moments formidables.
(blog-picard.fr, avril 2017).
Preuve qu’avec quelque vingt-deux  ans de recul, ses sentiments concernant le CD A nos beaux jours ont bien changé.
A l’heure où elle s’apprête à enregistrer un nouveau disque avec des reprises d’anciennes chansons méconnues de son répertoire, il est donc possible que, parmi elles, Michèle Torr en choisisse une  (ou davantage) parmi les dix que comporte A nos beaux jours, qui demeure l’un de ses albums les plus intéressants. C’est à la rentrée que l’enregistrement doit avoir lieu. A quand la sortie du disque ?
(A suivre, donc). 




samedi 4 mars 2017

Michèle Torr à Allevard-les-Bains, le vendredi 3 mars 2017...


 Le spectacle a commencé avec Sur les routes: introduction musicale, murmure des choristes, puis la voix de Michèle Torr qui arrive sur scène un peu plus tard... Elle y retrouve, entre rock et blues, l'orchestre de Richard Gardet qui a assuré la première partie, et avec qui la complicité est manifeste.

Se sont succédés Une vague bleue, Je ne veux chanter que l'amour, Le pont de Courthézon, Mon ange, T'es l'homme qu'il me faut, Lui, J'en appelle à la tendresse, A mon père, Discomotion, Le petit bonheur, La quête, Emmène-moi danser ce soir, J'aime, Et toute la ville en parle, Un enfant c'est comme ça,  Je m'appelle Michèle, Qu'est-ce qu'ils disent, Halléluja et, pour finir, La couleur des mots.


Avenante au moment de rendre hommage à C. Jérôme, Edith Piaf ou Jacques Brel, Michèle Torr était en forme, en symbiose une  formation musicale qu'elle retrouvait avec bonheur et avec le public. Les chansons intimistes pour lesquelles la voix de la chanteuse se suffisait à elle-même (dont La Quête, interprétée avec maestria a capella et sans micro, ou Halléluya, de Léonard Cohen) alternaient avec des titres plus rythmés, magnifiés par des orchestrations dont le ton jazzy était donné par le guitariste et le bassiste. Si on retrouvait presque tels quels les tubes comme Emmène-moi danser ce soir ou J’en appelle à la tendresse, en écoutant Lui, par exemple, complètement revisité, on était proche de l'atmosphère d'un spectacle de Véronique Sanson...
Les fidèles ont retrouvé la Michèle Torr qu’ils aiment tant et un nouveau public, plus jeune, a été surpris et conquis par ce nouveau spectacle.

(Merci à nouveau à Lionel, de Radio Aix, pour nous avoir confié ses impressions).

Michèle Torr sur Radio Aix-les-Bains Muzik Mag 73




Une jolie émission sur Radio Aix-les-Bains Muzik 73, le jeudi 23 février 2017, qui prouve que l’on peut évoquer Michèle Torr sans diffuser sempiternellement les mêmes chansons. Ainsi a-t-on pu entendre, à l’exception de Emmène-moi danser ce soir, inévitable, une série de titres plus confidentiels mais heureusement choisis, de  Rire ou pleurer à Route 66, en passant par Seule ou Dans le blues de l’amour.
Si une grande partie de l’émission a été consacrée aux années soixante que Lionel, l’animateur, semblait connaître mieux, il a commencé par évoquer, délicatement, sans citer le nombre d’années, un anniversaire un peu spécial qui va avoir lieu ce printemps, avant de donner une fois de plus l’occasion à la chanteuse de revenir sur son enfance, au cours de laquelle sa foi a éclos, les cours de chant que Madame Viaud lui a dispensés gracieusement, son goût pour les chansons de Piaf, ses premiers concours de chant dont le premier, à Courthézon, où elle a chanté Bonbons, esquimaux, chocolats d’Annie Cordy,  et surtout On chante dans mon quartier, à Avignon, où elle a pu, grâce à sa victoire avec Exodus, se produire en première partie  de Jacques Brel avant de signer son premier contrat et d’enchaîner avec ses premiers disques. Elle a ensuite parlé de sa tournée avec le Golf Drouot et de son premier Olympia, avec Claude François, puis de ses deux participations à l’Eurovision, en 1966 et 1977. Elle est revenue sur les circonstances de son passage des disques Philips aux disques AZ, grâce à Paul de Senneville, avant de se rappeler les deux festivals importants auxquels elle a participé : Tokyo et Rio, où elle représentait Monaco. Les années de gloire ont été vite parcourues avec la présentation de l’album Emmène-moi danser ce soir et de l’Olympia 80 puis Lionel a insisté sur un aspect moins connu du répertoire de Michèle Torr : si elle peut en effet se glorifier d’avoir collaboré avec une palette très large d’auteurs et de compositeurs, elle a aussi écrit elle-même un certain nombre de chansons, surtout sur l’album Seule  qui a marqué le début de son « indépendance » en matière de production. Ensuite, ce sont les albums Donner et surtout Diva qui ont été mis à l’honneur. Avant la conclusion : la tournée intimiste qui passera par Allevard ce 3 mars 2017, où l’on réentendra en particulier une chanson extraite de la Tournée des églises, Halléluja, de Léonard Cohen, en version française.
Quelques inexactitudes : la chanson de Gainsbourg pour Michèle Torr s’intitule Non à tous les garçons, l’Olympia avec Claude François a eu lieu en décembre 1964 et ce n’est pas au Palais des Sports avec un spectacle symphonique que Michèle Torr a fêté ses cinquante ans de carrière en 2016, mais à l’Olympia et au Trianon en 2015…
Pour terminer sur cette sympathique émission qui, rediffusée les 24, 26 février et 2 mars, a connu un vif succès, avant de la retrouver à Allevard, à 19 heures 30 salle La Pléiade, une jolie définition du trac selon Michèle Torr : « J’avais les genoux qui claquaient des dents » !



Michèle Torr et le Sud Ouest : une histoire d’amitié.

Le magazine Michèle Torr, le magazine n° 62 est sorti.
Voici l’intégralité de l’article de l’Admirateur…


Michèle Torr et le Sud Ouest : une histoire d’amitié.

Après Chanter ,c’est prierla tournée des églises et des cathédrales débutée à Aix-en-Provence, suivie par la parution en janvier 2016 de Tout l’amour du monde, captation de ce tour de chant, après quelques dates, essentiellement en Provence mais aussi dans la Manche ou les Pyrénées, avec l’orchestre de Richard Gardet, voici Michèle Torr de retour, en septembre 2016, avec un nouveau spectacle, intimiste, à l’instar de celui du Trianon, le 18 octobre 2015, intitulé En concert avec vous… 
Et c’est dans le Sud Ouest qu’elle est venue présenter celui-ci, à Tarbes (65) puis à Cuzorn (47), alors que, déjà, après la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix, c’était à Bergerac (l’une des villes en France où elle s’est certainement le plus produite) qu’avait eu lieu la deuxième date de Chanter, c’est prier, le dimanche 13 décembre 2015.
Car si Michèle Torr aime le Sud Ouest, cette région le lui rend bien.
Et si, comme elle le fait parfois en chansons, on faisait un petit retour en arrière, en remontant un peu le fil du temps ?
N’est-ce pas à Marmande (47), au théâtre Comoedia, qu’elle a présenté, en février 2005, son tour de chant de l’Olympia du mois de mars suivant, par lequel elle venait, à Paris, fêter ses quarante ans de carrière ? N’est-ce pas à Agnac (47), après Monbazillac (24) en 1998, qu’a eu lieu la réunion de son Fan-Club, en avril 2004, pour fêter également, et cette fois en adéquation avec le calendrier, 40 ans de succès ? N’est-ce pas à Carcassonne (11), puis à Pont-du-Casse (47), qu’elle a, en septembre 1999, présenté en exclusivité son prochain spectacle du Casino de Paris ? N’est-ce pas d’Issigeac (en Dordogne), « village du disque », qu’elle a été proclamée marraine en 1996 ? N’est-ce pas du côté de Souillac, dans le Lot, après Eymet, en Dordogne, que se trouve sis son Fan-Club, Les amis de Michèle Torr ?
Inutile de continuer plus longtemps, ici aussi, elle pourrait essayer de compter ses « amis », entre La Rochelle, Limoges, Perpignan et Biarritz, en passant par Arcachon… elle n’y parviendrait pas !
Quel spectacle nous a-t-elle offert cette fois, avant de partir sillonner à nouveau les routes de France (et parfois d’ailleurs), et ce jusqu’au mois d’avril 2017 ?
C’est un concentré de toutes les voix qu’elle a explorées que nous propose aujourd’hui celle qui s’appelle toujours Michèle et ne veut chanter que l’amour, reprenant Brel, Piaf, Félix Leclerc et Léonard Cohen, entre blues et ambiance de café-théâtre, l’ « amour des autres, le plus grand… », et l’amour des enfants qui sont « comme ça ! », l’amour de Dieu et l’amour de sa terre, la Provence, l’amour tout court et l’amour du public dans lequel elle revient se baigner, descendant de scène pour déambuler dans l’orchestre d’un théâtre ou jusqu’au fond d’une salle, serrant des mains, souriant à chacun, dans un rayon de lumière.
Et ce spectacle, on le retrouve, entre autres dates, le 20 janvier 2017, à Saint-Loubès (33), à La Coupole, où Michèle Torr a déjà remporté de vifs succès, trente ans jour pour jour après le triomphe de sa générale à l’Olympia le 20 janvier 1987, où elle fêtait ses vingt ans de chansons, avec, pour chef d’orchestre, un musicien originaire de Bergerac : Patrick « Bruga ».
En attendant nous la retrouverons, ici ou ailleurs,  sûrement encore bien d’autres fois, pour un gala, un festival, une manifestation dont elle acceptera une nouvelle fois d'être la marraine, dans une église, un théâtre, un Zénith, sous un chapiteau, peu importe, elle sera là pour continuer d’entretenir cette si belle histoire.
Eric et Gérard (L’Admirateur).
 

Pour adhérer au fan-club, vous pouvez imprimer le bulletin d’adhésion ci-joint et le renvoyer à Nanou, à l’adresse indiquée.



samedi 18 février 2017

Deux voix ensemble dans la lutte contre la sclérose en plaques: Nicoletta et Michèle Torr.


CONCERT SEP DU PAYS D AIX:
La SEP du Pays d'Aix et Romain Vidal présentent leur prochain concert pour l'association en date du 15 JUILLET 2017 dans l'enclos de la Charité à PERTUIS (84).
Les artistes présents sont : STELLA MATTEONI, HENRI GIRAUD, NICOLETTA et MICHELE TORR tous accompagnés par l'Orchestre Richard GARDET.
Le professeur PELLETIER chercheur à la Timone à Marseille sera présent et Romain lui remettra les bénéfices du concert de 2016.
Ils vous attendent nombreux pour soutenir la recherche sur cette maladie "La Sclérose en Plaques".
Des surprises vous attendent lors de ce concert.


Fan Club Officiel Michèle Torr

L’Admirateur raconte : Mon festival de star : Michèle Torr fait son cinéma.

(Extrait d'une chronique antérieure).



A propos de Potiche, de François Ozon, diffusé ce dimanche 19 février sur France 2.
Il paraît que François Ozon, le réalisateur de Potiche, a vu Sylvie Vartan au Palais des congrès en mars 2008.
Il paraît qu’il était à l’Olympia le 11 avril 2008. Pour y voir Michèle Torr.
Ce brillant cinéaste préparait son film Potiche.
S’il commence par un anachronisme pour les puristes qui admirent Michèle Torr (le personnage de Suzanne incarné par Catherine Deneuve n’a pu s’affairer autour de son lave-vaisselle en écoutant Emmène-moi danser ce soir, sorti en 1978, en 1977 !) le film n’en constitue pas moins un bel hommage, peut-être en partie involontaire, à la chanteuse, car il ne comporte pas que sa chanson fétiche dans la bande originale.
Voyez le personnage de Joëlle, interprété par Judith Godrèche : ses coiffures, ses tenues, son jeu… rappellent inévitablement les photos, les passages télé, les reportages où l’on voyait Michèle Torr dans le parc de sa Maison Blanche, à Seine-Port, ou tenant une rose au moment de la création de celle qui porte son nom…Pour ceux qui ont dans un coin des coupures de presse de la fin des années 70 et du début des années 80, la ressemblance est flagrante.
L’image qui a été véhiculée de Michèle Torr à l’époque est bien la même : une jeune femme sage en apparence, d’abord un peu effacée, un peu trop soumise à un mari invisible, très conservatrice…
Et c’est cette même jeune femme qui un jour dans l’adversité prend sa vie en main avant de s’affirmer et de devenir elle-même. De même Michèle Torr, après le virage en lacet de l’année 90, qui se met à écrire des chansons (ce sont les CD Vague à l’homme, Seule et La Louve qui en contiennent le plus) et se produit, à partir de 1996, ce qui lui permet d’être là encore aujourd’hui…
Alors un hommage, inconscient peut-être, ou involontaire, mais un hommage quand même, autant qu’à la Catherine Deneuve des Parapluies de Cherbourg, avec aussi Jérémie Rénier qui un peu plus tard a incarné Cloclo dans un autre film, à une chanteuse (M. Torr), plus qu’à l’autre (S. Vartan), et à toutes les femmes qui ont lutté pour exister, quelle que soit l’image qu’elles ont pu donner ou que l’on a donnée d’elles.

« Avant d’être chanteuse on essuyait les plats
Ou on était ouvreuse dans un vieux cinéma »,
Avant d’être chanteuse, 2011.


jeudi 26 janvier 2017

Michèle Torr, une plume d’ange, de la poussière d’étoile…



C’était il y a … un an, sortait sur  le site de la chanteuse un nouveau et dernier CD  que l’on encore peut se procurer sur www.micheletorr.com



Tout l’Amour du Monde. C’est le CD souvenir de Chanter, c’est prier, merveilleux tour de chant de la tournée des églises  et des cathédrales de Michèle Torr.



Quand la chanteuse chante comme elle prie, à tire d’aile et en plein ciel, des chansons de Noël et des prières, pas forcément pieuses, faisant sa profession de foi et d’amour, d’amour des enfants, d’amour des autres, d’amour fraternel, d’amour universel, quand on n’a plus que ça…

Seule ou presque, loin de grands orchestres et des grandes salles, loin des paillettes et des journaux à scandale, accompagnée seulement de trois musiciens, avec sa personnalité et sa voix, elle se dévoile, vraie et authentique, sans artifices… Encore et toujours plus proche de son public.

Elle consacre la première partie du chant à la foi (Notre Père, Douce nuit, sainte nuit, Quand vint la grâce) avant d’en appeler à la tendresse, et de rendre hommage à Sœur Emmanuelle dont le paradis, c’est les autres, sous le regard bienveillant d’un ange ou d’un papa, avec qui il est, parfois, difficile de partager ses sentiments…

Viennent ensuite des hymnes à l’amour : Tout l’amour du monde, Quand on n’a que l’amour  de Jacques Brel et Je ne veux chanter que l’amour, puis à l’enfance  avec le magnifique Noël de la rue d’Edith Piaf qui nous emporte quelque part entre l’univers poétique des Effarés d’Arthur Rimbaud  et celui, féérique, de La petite fille aux allumettes de Hans Christian Andersen, le temps d’une chanson qui lui va comme un gant. Car « un enfant c’est comme ça ! »

Le disque se clôt sur d’autres prières, celle de Georges Brassens d’abord, puis Chanter c’est prier et l’hymne provençal Coupo Santo, avant   l’une des versions françaises de l’Halleluja de Léonard Cohen, la plus sobre.

Tout l’amour du monde, album en live, précieux surtout pour les quatre chansons que Michèle Torr n’avait jamais chantées  auparavant, et qu’elle ne chantera peut-être plus, qui s’y trouvent gravées : Douce nuit, sainte nuit, Le Noël de la rue d’Edith Piaf, La prière de Georges Brassens, Hallelujah, de Léonard Cohen. Et pour une voix qui ne fait pas que nous emmener danser…, encore plus profonde et  plus grave, incandescente, telle une braise enfouie, pour nous réchauffer, au cœur de l’hiver.

Alors n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site www.micheletorr.com pour vous le procurer…

dimanche 22 janvier 2017

Michèle Torr, En concert avec vous, à Saint Loubès.


Michèle Torr est revenue se produire sur la scène du théâtre de la Coupole, à Saint Loubès, ce vendredi 20 janvier 2017. 21 ans après y avoir présenté, notamment, son spectacle de l’Olympia en 1996.
Son spectacle En concert avec vous, version intimiste, avec trois musiciens, Pierre Schmidt aux délicates guitares, Sébastien Trognon, aux claviers et cuivres brillants, sous la direction de Matthieu Chocat, au piano et, accessoirement,  à l’accordéon, nous donne à réentendre bon nombres de tubes de celle qui s’appelle Michèle, d’Une vague bleue à Emmène-moi danser ce soir, et à cela, et à la « magie de ses disques », on ne peut que dire avec elle J’aime
« … j’aime, j’aime
La chanson que tu me chantais souvent… »!  


Elle a consacré, avec infiniment de grâce, une partie de son tour de chant à la foi, en commençant par en appeler à la tendresse, avant de rendre hommage à Sœur Emmanuelle dont le paradis, c’est les autres, et d’avouer que Chanter c’est prier, sous le regard bienveillant d’un ange ou d’un papa avec qui  il est, parfois,difficile de partager ses sentiments…
Celle qui ne veut chanter que l’amour a toujours le blues aux lèvres, et, quoi que disent les journalistes,  la chanteuse populaire reprend avec virtuosité les plus grands, Léo Marjane, Félix Leclerc, pour notre plus grand bonheur, Jacques Brel, dont elle poursuit a capella la Quête, Edith Piaf, à deux reprises, et Léonard Cohen.
Tandis qu’elle chante, les souvenirs  reviennent, depuis l’enfance, qu’il s’agisse de celle si émouvante des petits malheureux du Noël de la rue ou de ceux d’une maman inquiète car… Un enfant c’est comme ça ! 
« Pourquoi rêver d’un paradis
C’est maintenant et c’est ici
Qu’il faut unir
Nos espoirs et nos joies
On dit « demain » on dit « plus tard »
Mais si demain c’était trop tard
Pour partager ce bonheur »
C’était hier, on était là et, dans un merveilleux numéro d’équilibriste,  quoi qu’en dise la chanson, une étoile est bien descendue, jusqu’à nous… 


A la croisée des chemins il en est qui se séparent,  pour aller voir briller d’autres soleils, tandis que d’autres se rencontrent ou se retrouvent, ce qui fut le cas de Mathieu Chocat et de "Bruga", qui avaient fait connaissance à Bergerac, en l’église Notre-Dame, pour Chanter, c’est prier, le 13 décembre 2015.   



Après cela, encore sous l’œil du photographe F James Vidal (page facebook fjames vidal), dans le secret des loges, tandis que la chanteuse retrouvait Patrick Brugalières, celui qui, il y a exactement trente ans, était son chef d’orchestre, le jour de la générale de l’Olympia 87, Madame Elizabeth Berrebi, la directrice générale de la Coupole, se réjouissait de ce que, ce soir, après quelques déconvenues en début de saison, les gradins du théâtre étaient bien remplis, et surtout de retrouver la voix, le répertoire, le charisme, de celle qu’elle avait déjà accueillie là, en 1996…
« On vient sur Terre pour aimer
Pour vivre ensemble et partager
Et faire de chaque jour un feu de joie
La vie est une symphonie
Chacun de nous en fait partie
Ensemble il faut chanter
O Alléluia… »
Michèle Torr, En concert avec vous, à Saint Loubès un beau moment de partage, en effet.

Merci à F James Vidal Photography de nous avoir transmis quelques clichés, vous pourrez en admirer d’autres sur sa page facebook fjames vidal, mais attention, tous les droits sont réservés.

Tandis que Michèle Torr réfléchit à de nouveaux projets pour 2017, vous la retrouvez demain à l’Espace Albert Camus à Bron et en Février pour la suite de sa tournée.

Bientôt la suite des "années Bruga".

mercredi 4 janvier 2017

Michèle Torr, les années Bruga.


C’était il y a… 30 ans.
A partir du 20 janvier 1987, Michèle Torr monte pendant quinze jours sur la scène parisienne de l’Olympia pour fêter, avec quelques mois de retard il est vrai, ses vingt ans de carrière. Elle avait déjà commencé à la faire en octobre 1985, déjà avec un peu de retard, avec la sortie d’un album intitulé 20 ans d’amour, Je t’aime encore, Aventurier….
« 20 ans elle est adolescente
Notre aventure d’amour
20 ans que vos bravos m’inventent
Un rêve chaque jour
20 ans d’amitié de tendresse
De désespoir aussi
Feux de joie fusées de détresse
Qui éclairent ma vie... »
Drôle de titre pour un album. C’est qu’il comportait le titre des trois premières chansons du disque. Il devait revenir aux radios et au public de choisir parmi toutes les chansons du trente-trois tours, celle qui deviendrait un quarante-cinq tours, et peut-être un tube… Quelques semaines plus tard, alors qu’un quarante-cinq tours promotionnel comportant Je t’aime encore (signée C. Jérôme, avec Jean Albertini) et 20 ans d’amour, signée Claude Lemesle et Gilles Marchall) a été envoyé aux radios, c’est finalement Aventurier (signé par deux jeunes talents : Pascal Stive et Jean-Michel Bériat) qui sera commercialisé, avec Je t’aime encore en face B. C’est que la direction artistique (assurée essentiellement par Jean Albertini et Jean Vidal, le mari de la chanteuse) de Michèle Torr hésite entre deux voies : celle de la modernité avec des mélodies, des rythmes et des orchestrations dans l’air du temps d’une part, et de grandes chansons dans la lignée la plus traditionnelle d’autre part. Avec Aventurier, c’est la voie de la modernité que la chanteuse emprunte, laissant sur le côté celle de la tradition, au grand dam, paraît-il, de Pierre Delanoé, qui n’en tiendra cependant pas rigueur à Michèle Torr, puisque, après La couleur des larmes sur le précédent album (Donne-moi la main, donne-moi l’amour, avec en particulier une mélodie de Mike Oldfield), il lui offrira encore quelques chansons pour ses disques suivants: Grâce, en 1986, en hommage à Grâce Kelly, regrettée princesse de Monaco décédée suite aux conséquences d’un accident de voiture quelques années plus tôt, Argentina en 1989, Les femmes dansent et Ma vie avec toi en 1991 - sur l’album Vague à l’homme -, ou encore -sur l’album Seule- Le sac en 1997).


Un disque, pour fêter vingt ans de carrière, oui… mais pas de scène parisienne programmée. C’est que Michèle Torr aurait aimé pour cela un spectacle original. Elle avait rêvé un show un peu théâtral avec des tenues de scène en noir et blanc, inspiré du music-hall ou de Broadway, qu’elle aurait présenté sur une grande scène comme celle du Palais des Congrès… Elle a rêvé cela, oui mais…  Mais elle a fini par se rendre compte que, du fait de ses choix de chansons antérieurs, il serait impossible d’intégrer ses tubes à un tel spectacle. Elle aurait pu, à l’instar d’une Barbara montant sur la scène du Zénith avec Lili Passion, accompagnée de Gérard Depardieu et Gérard Daguerre (L’homme... aux yeux très verts qui participera grandement à A mi-vie en 1993), elle aurait pu essayer de faire quelque chose de radicalement différent de ses deux Olympia précédents. Elle aurait pu mais… Mais elle sait bien que, quand les gens viennent voir un chanteur, il y a les plus fidèles qui attendent toujours quelque chose de neuf, certes, mais il y a aussi tous ceux qui viennent une fois, ou de temps en temps, et ceux-là attendent de réentendre les chansons de l’artiste qu’ils ont encore en mémoire, dans l’oreille et dans le cœur, en bref, ses tubes ! Elle sait que, ceux-là, il est risqué de les décevoir alors… Alors elle renonce à ce projet et elle décide de fêter ses vingt ans de carrière sur la scène de l’Olympia, en janvier 1987.
« « Et ça fait vingt ans que j’aime
Envers et contre tout
Mes amis de la Bohème
Je les fête avec vous
Mes vingt ans d’amour
Et c’est la nostalgie
Qui souffle et rallume les bougies ».


Mais entre-temps, elle aura enregistré deux quarante-cinq tours, en 1986, un en avril, France, ton romantisme fout le camp, dans la voie de la tradition, sur un plan plus politique cette fois, pour une France à l’ancienne, et contre une France urbanisée à l’excès, assujettie à l’Europe, qui a fait couler de l’encre mais n’a pas convaincu (Grâce en face B).
« Ils ont bâti des tours qui me donnent le vertige
Ils ont planté autour des banlieues de prestige
Il fallait à tout prix qu’ils te rentabilisent
Des couloirs des mairies aux clochers des églises…
Ils te partagent à Londres, à Madrid, à Paris
Ton drapeau fait de l’ombre sur l’Europe éblouie
On te sort en cachette en souvenir du passé
Tu n’oses plus faire la fête au quatorze juillet…
Je veux Victor Hugo criant de Guernesey
De Gaulle ou Clémenceau : « Rassemblez les Français… »
Aïe !
On voit bien de quel type d’idéologie la chanteuse a pu se voir taxée.
Et Amsterdam (reprise d’un énorme tube de l’hiver précédent, par Cora) avec une perle en face B : Et si plaisir d’amour, signé, avec Jean-Pierre Lacot, par une autre provençale, marseillaise quant à elle, Christiane Mouron, dont le nom de scène est simplement Mouron. Venue de la troupe de Fugain, le Big Bazar, elle offre là, avant de l’enregistrer elle-même sur un album intitulé  A l’état brut, une des merveilles de son répertoire à Michèle Torr.
« J’m’en fous d’l’hiver
J’m’en fous d’mourir
J’m’en fous de perdre
J’m’en fous d’vieillir
D’êtr’ la plus belle
D’être en premier
J’m’en fous d’la chance
J’m’en fous d’gagner
Folle de la vie
Folle de l’amour
De tous les gens
De tous les fous
Folle du cœur
 Folle tout court
De toi de vous de moi de nous… »
Celle-ci par contre, elle la chantera, à l’Olympia… Et elle pourrait la rechanter, encore et encore aujourd’hui.
Deux quarante-cinq tours, donc, mais aussi un album, Qui, qui va sortir en novembre 1986, avec, en plus des cinq précédemment citées,  de belles chansons comme Un mot de toi et Le ciel s’en va (signées Pankratoff et Radiquet) ou Dans ma vie (musique de Romain Vidal, compositeur, pour la deuxième fois après Juillet-Août à Tahiti en 1980, pour sa maman qui lui dit « merci » en chantant Ne me prenez pas mon fils, Merci pour les mamans ou Si tous les enfants du monde!)
Entre 1985 et 1986, elle aura enregistré toutes ces chansons, mais elle aura aussi continué de se produire sur scène, partout en province, et c’est là qu’Aventurier aura un rôle dans l’histoire dans laquelle va apparaître un protagoniste prénommé… Patrick !


Flash-back: la scène se passe début des années 70 dans les environs de Bergerac. Le jeune Patrick Brugalières, qui joue déjà de l'accordéon depuis ses 5 ans et demi, est en vacances quelques jours dans la ferme de ses cousins. C'est l'époque où la promotion des chanteurs passe par des disques souples dans les paquets de lessive, ou encore, des photos d'idoles insérées dans des produits alimentaires. Le jeu des 1000 Francs se termine à la radio, c'est l'heure du dessert, et c'est à ce moment que l'image de Michèle Torr surgit à l'ouverture d'un paquet de café. Aidée par la force aromatique du produit, l'icône de la "néo-madone" ne manque pas de provoquer la ferveur… S'adressant à lui, le grand oncle de Patrick s'exclame : "Tu la connais, elle ? - "Euh, non" - "C'est Michèle Torr. Ah ! Oui, elle, elle chante bien ! C’est une bonne chanteuse…"
Le musicien en herbe ne se doute alors pas que cette séquence cocasse, connaîtra plus tard une résonance inattendue, ni qu'il racontera l'anecdote à Michèle dont il deviendra le chef d'orchestre.


Dans les années 80, Patrick a tout juste vingt ans. Son instrument, "musica non grata" dans les conservatoires, fait qu'en continuant à le pratiquer, il a passé un bac technique, enchaîné avec une prépa, puis une première année d’école supérieure de commerce à Bordeaux. Sa voie semble toute tracée au sein de l’entreprise familiale mais…
La passion de l'accordéon est tenace, l'admiration forte pour Marcel Azzola, Richard Galliano, entre autres. Sa rencontre avec Bernard Lubat, sa présence assidue dans l'univers des jazzmen d'Uzeste, sa faim de découvertes musicales l'éloignent de l'univers des musiques de variétés pour quelque temps.
L'univers de l'école de commerce et des métiers du bois quant à eux, ne font déjà plus partie de ses projets professionnels.
Les ingrédients sont réunis pour qu'un jour, la rencontre ait lieu entre Michèle et Patrick. Dans le Vaucluse, le village du Thor abrite alors une des écoles d'accordéon les plus en vue. Elle est dirigée par Jacques Mornet, professeur aujourd'hui mondialement reconnu. C'est là-bas que Patrick choisi de se perfectionner. Durant deux ans, il suit des cours d'accordéon de concert notamment, tout en faisant le métier près de Marseille dans l'orchestre de danse de Gabriel Murat. Puis, il monte son propre orchestre qui deviendra le "Groupe Bruga".


Deux ans encore, et c'est grâce à l'entremise de François Comtat, producteur de spectacles vauclusien, ami de Michèle et Jean Vidal que la rencontre se fera. Le Groupe Bruga avait tourné une vidéo de quelques titres en live. Elle donna envie à Michèle et Jean Vidal d'en entendre plus, d'autant qu'ils cherchaient à changer de formule sur scène. La rencontre "audition" eut lieu entre Noël et le jour de l'an à l'auditorium de Vaucluse. La restitution en direct, au plus proche des arrangements studio originaux séduit Michèle et Jean, en particulier sur des titres comme Aventurier, Midnight Blue en Irlande, ou Donne-moi la main, donne-moi l’amour. L'orchestre, précurseur de l'utilisation d'informatique musicale mélangée au jeu live des musiciens, parvenait à restituer des sonorités de façon très surprenante pour l'époque.
Après un temps de répétition, le Groupe Bruga apparaît pour la première fois aux cotés de Michèle 29 mars 1986, dans l'émission Champs-Élysées. Michèle Torr est l’invitée d’honneur, à l’occasion de la sortie de son quarante-cinq tours comportant France, ton romantisme fout l’camp et Grâce (lors de cette émission, elle a chanté aussi Aventurier), Suivirent de nombreux concerts, puis Michel Drucker à nouveau le 17 janvier 1987, juste avant…


C'était il y a trente ans...


Le mardi 20 janvier 1987, accompagnée par l’orchestre « Bruga », Michèle Torr monte sur la scène de l’Olympia, pour la générale d’un spectacle qui sera donné pendant quinze jours, ce qui fera d’elle, selon le magazine Platine, après ses Olympia de 1980 et 1982, la record-woman des chanteuses se produisant sur une scène parisienne pendant les années quatre-vingts. Un spectacle par lequel elle fête donc ses vingt ans de carrière. 


Pour la circonstance, ce sont des tenues signées par le couturier Jean-Louis Scherrer qu’elle a choisies. Pour la première partie un smoking-pantalon crème sur une chemise bleu ciel avec cravate, beige également, pour la seconde partie une robe noire avec broderies et dentelles dans lesquelles les lumières se jouent de la transparence…
C’est pas moins de vingt-six chansons qu’elle va successivement interpréter sur la scène du boulevard des Capucines, parmi lesquelles 20 ans d’amour aura une place privilégiée, en fin de première partie.

Comme en 1980, elle commence avec Ma première chanson, et puis on retrouve tous ses tubes, ceux des années soixante-dix (Je m’appelle Michèle, Discomotion, J’aime, Emmène-moi danser ce soir) mais aussi ceux des années quatre-vingts (Lui, Midnight Blue en Irlande, A mon père)  et puis les petites dernières (Pas bien dans sa vie, Donne-moi la main, donne-moi l’amour, Chanson napolitaine, Aventurier, Amsterdam, Qui) ainsi que quelques chansons méconnues, plus confidentielles, comme Le pont de Courthézon face B de Pendant l’été qui a connu un joli succès en 1980, Romantique féminine, Le ciel s’en va, Le château des grisailles, la couleur des larmes, que le public le plus fidèle aime déjà retrouver, mais aussi Et si plaisir d’amour et la reprise de Les Roses blanches de Berthe Silva, comme en 1980. Et de même qu’en 1982 elle avait chanté Juillet-Août à Tahiti, c’est Dans ma vie qu’elle va interpréter cette fois « sur une musique de Romain Vidal », et c’est son fils !


Demandez le programme ! Vous y trouverez les noms de tous ceux, musiciens du groupe Bruga, choristes et techniciens, qui ont participé à l’élaboration et à la réalisation de ce spectacle !


Le spectacle va se terminer par deux chansons qu’elle interprète pour la première fois sur scène. C’est d’abord  Hymne à l’amour, d’Edith Piaf. Avant d’entonner ce monument de la chanson, Michèle Torr confie les réticences qu’elle a eues à le faire, dues à l’admiration qu’elle voue à Piaf dont elle n’a jusqu’à ce moment enregistré que Exodus, avec laquelle elle a tout de même gagné le concours de chant On chante dans mon quartier,  ce qui lui a valu sa carrière, et L’homme à la moto,  en face B de Les roses blanches, sorti en Belgique en 1980 puis sur le trente-trois tours Midnight Blue en Irlande en 1983. Elle a juste un peu adapté les paroles et chanté, à la place de « Je me ferais teindre en blonde… » :
« J’irais dans les eaux profondes
Si tu me le demandais… ».
Est-ce de là qu’est venue l’expression « la Piaf blonde » ? Ou bien de l’Olympia 80 dont on a dit qu’on n’avait pas vu « ça » à Paris - à savoir un tel engouement - depuis… Piaf ? 


La seconde, c’est une chanson inédite dont elle avoue dans un souffle avoir signé les paroles, elle qui n’en avait fait que deux fois l’expérience dans le passé, avec Hey hey, adaptée de The sun’s gonna shine  en 1965, et Une fille m’a pris celui que j’aime, adaptée de There goes the boy I love with Mary, la même année, sous la houlette d’une célèbre adaptatrice de chansons étrangères, par ailleurs auteur-compositeur, nommée Mya Simille (un pseudonyme, évidemment, pour Micheline Helyett). La chanson de 1987 est beaucoup plus personnelle : elle s’intitule Je n’ai pas les mots et Michèle Torr l’a écrite en hommage à sa mère, décédée le 28 décembre 1965 dans un accident de voiture. Après  Ma mère a pleuré et Maman la plus belle du monde en 1981, dans l’album J’en appelle à la tendresse, dont le quarante-cinq tours avait pour visuel la photo de la chanteuse bébé dans les bras de sa mère. Hommage à celle qui rêva pour elle-même la vie qui sera celle de sa fille. Chanteuse. La grande maison de pierre qui domine la vallée de la Durance, à Mérindol, près de Cadenet, le village où elle est née, le bonheur de chanter… C’est un portrait (voix, yeux, joie, colère, caresse, tendresse) en forme de tableau représentant un paysage de la terre natale : lumière, mistral, ruisseau… 
« Les mots sont maladroits, les mots sont inutiles, on ne raconte pas la lumière… »
Ce sont les chœurs, les murmures, qui expriment la peine, la culpabilité peut-être, et surtout l’amour d’une enfant pour sa mère. Malheureusement, Clémente Tort n’est plus de ce monde pour les entendre. La musique est signée Guy Mattéoni. Une deuxième version, en studio celle-ci, sera présente sur l’album I remember you, en octobre 1987. Intitulée Les mots pour te dire.
Le final, ce sera J’en appelle à la tendresse. Son hymne à l’amour à elle.
C’est un triomphe. L’Olympia est plein comme un œuf et l’ambiance survoltée. 


Malheureusement ce spectacle n’a pas fait l’objet de la sortie d’un album, pour cause de changement annoncé de maison de disques, après quatorze ans chez AZ. C’est le seul dont on n’ait aucune trace, avec celui de 2015, pour lequel on espère que, quant à lui, il se passera enfin quelque chose.


Avec ce spectacle, pendant encore près de deux ans, c’est aussi avec le groupe  Bruga que Michèle Torr va continuer de sillonner les routes de France et parfois d’ailleurs. Mais elle va s’éclipser pour un moment du paysage parisien… 


C’est que de nouveaux projets sont en train de mûrir. D’abord, il s’est murmuré qu’un quarante-cinq tours devait voir le jour au printemps 1987, avec une chanson intitulée Adieu photographe qui n’a peut-être même jamais été enregistrée. En septembre de la même année, c’est un disque de reprises de grandes chansons du patrimoine, Chansons de toujours,  (La mer, La vie en rose, mais aussi A bientôt nous deux, Ce monde, Kathy cruelle…) qui paraît en toute confidentialité. Aucune promotion… C’est le dernier disque de cette période chez AZ. Car, pour l’année de ses quarante ans, c’est un grand retour qui est prévu pour le mois suivant, avec un nouvel album, dans une nouvelle maison de disque, Zone Music, qui fait partie du groupe Charles Talar. Mi octobre paraissent l’album et le quarante-cinq tours intitulés I remember You qui précèdent une très longue série de passages télévisés. On y voit sur une photo en noir et blanc une jeune femme grave, aux cheveux attachés, les épaules dénudées émergeant d’un flot de dentelle noire, qui regarde ailleurs… Mais son prénom, son nom, le titre de l’album et … ses lèvres sont du rouge le plus vif ! Le disque comporte une dizaine de chansons, dont certaines sont graves en effet, comme Fleur de mai, qui évoque de façon infiniment pudique la mort d’une mère, aux alentours de Noël …


«A la Noël
Maman était très belle
Comme la poupée  au pied du sapin vert…
Dis-moi pourquoi
Je n’aime plus les Noëls
La vie passe et rien n’est plus pareil… »,
sur une musique des frères Gibb.
Une mère à qui un autre hommage est rendu avec Les mots pour te dire, déjà entendue à l’Olympia, en janvier.
Emotion d’une mère qui chante, pour la troisième fois sur une musique de son fils, la beauté de la vie, avec Les choses de la vie qui « sont une symphonie… ».
Nostalgie avec I remember You:
« Dans un aéroport lointain
Ne viens pas vers moi
Ne dis rien
Tout est bien comme ça », chantait-elle en 1979, dans Ma première chanson, mais là voici qui rêve de retrouver le premier amoureux dont la vie l’a séparée, le temps d’une chanson :
« Dis j’aimerais avoir un rendez-vous
Pour savoir si tu as changé
Et si tu as toujours le goût
Des voyages à l’étranger…
Dis j’aimerais avoir de tes nouvelles
Savoir si tu as une amie
Et si tu lui rends la vie belle
Touts ces choses que l’on oublie… ».
Nostalgie des années soixante avec Sixtees et avec la reprise de C’est dur d’avoir seize ans… à quarante ans.
Légèreté de Carnaval à gogo, avant de revenir à la gravité, déjà annoncée dans I remember You :…
« Dis j’aimerais te parler du passé
Des chemins que l’on a suivis
Je ne pourrai jamais t’oublier
Toi le premier de ma vie… »,
alors même que :
« Dis j’attends un peu comme autrefois
Quand tu rentrais tard dans la nuit
Mais il y a longtemps déjà
Que mes petits matins sont gris… », 
car si l’amour, c’est la vie en rose, viennent après le temps où rien ne va plus et les drames des amours trahies : Et toute la ville en parle, de Toi émoi quand Tu ne vaux pas une larme ! Les affres de la passion en rouge vif.



« Chanter l’amour imaginaire
Je connais le sujet par cœur
Mais je finirai par me taire
J’irai écouter les chanteurs »,
Chanson d’adieu, 1985.
Chanter l’amour  sans cesse semble donc avoir lassé la chanteuse, qui aspire à se renouveler. Elle avait conclu ses précédents albums avec des chansons sur ce thème, de plus en plus grandiloquentes, comme Mélancolie femme adaptée des Moody Blues, La passionaria ou Reviens. El la voici qui choisit de le chanter cette fois de façon franchement tragi-comique, entre théâtre de boulevard (Et toute la ville en parle) et cinéma, (Toi émoi) pour terminer avec un titre surprenant, où la gentille ex-amoureuse se métamorphose en harpie malveillante qui glapit aux oreilles du goujat qu’elle a aimé non plus: « Same player shoots again » (Toi émoi) mais :
« Même ton chien est content
Que tu quittes la maison
Même pas tes amis
Ne te réclameront…
Je veux te voir partir
Je n’ai pas de regrets…
A la bourse de l’amour
Tu ne vaux pas une larme
Et j’appelle au secours
Pour être sûre que tu t’en ailles… »,
avec une stridente voix de tête. La chanson est signée Michèle Torr (c’est la deuxième de l’album, et pas la moindre) et Daniel Mecca. Elle connaîtra une deuxième vie, avec pour titre Dans le blues de l’amour et des paroles et une interprétation différentes sur scène en 1996 puis sur l’album Seule en 1997.
C’était là le sens des lèvres rouges. Chanter l’amour oui, mais cette fois jusque dans l’outrance.
« Un demi-succès c’est vrai » (Ma première chanson).

L’entrée du trente-trois tours au Top Trente se contentera de rester « frissonnante », peut-être parce que le public de la chanteuse ne perçoit pas la dimension parodique de l’album, ou bien est-ce qu’elle n’est  pas à son goût. Et I remember You, malgré des arrangements « roots » à la française signés Guy Mattéoni et un beau solo de saxo ne suivra pas les traces d’Et tu danses avec lui de C. Jérôme au Top Cinquante.


Tant pis. Au printemps suivant c’est sur Et toute la ville en parle que mise la chanteuse, et le second extrait de l’album sort en quarante-cinq tours avec la complicité de France Soir qui prête son nom pour faire de la pochette la première page d’ « un journal à scandale ». Il y avait, c’est certain, matière avec cette chanson à donner à l’album un second souffle mais…
Mais si Et toute la ville en parle est bien devenu un tube, c’est parce qu’elle a été confiée à une chanteuse à la gloire éphémère répondant au nom de Margaux, au début des années quatre-vingt-dix,  et la chanson, en 1993, a tenu toutes les promesses que laissaient entrevoir les prémisses de la réception par le public et par les médias du titre interprété originellement par Michèle Torr. Car la chanteuse a brutalement souhaité en interrompre la promotion à peine amorcée. C’est à peine si on l’a vue un vendredi soir sur TF1 dans Lahaye d’honneur… Plus de radios, plus de télés, plus d’articles dans la presse… Si on l’a vue dans les journaux, ce fut pour promouvoir son livre La cuisine de ma mère, paru en juin 1988. Et si elle a continué de se produire sur scène, elle s’est bien gardée d’inclure Et toute la ville en parle dans son tour de chant.
C’est pourtant « sa » chanson…


« Il paraît que tu sors avec elle
Depuis au moins dix jours
Il paraît qu'elle est plus qu'une amie
Pas encore un amour
Il paraît qu'elle a su te donner une autre identité
Que tu avais perdue à vivre à mes côtés
Il paraît qu'elle est douce et gentille
Et que tu t'habitues
Il paraît qu'elle s'installe dans ta vie
Sans que tu l'aies voulu
Il paraît que c'est venu comme ça
Que tu n'as rien choisi
La tendresse qu'elle te donne
Ressemble à un défi

Et toute la ville en parle
Avec des mots qui blessent
Comme les pages à scandales
Où j'apparais sans cesse
En victime intégrale
Et toute la ville en parle
Avec des mots d'injures
Comme à un tribunal
Où je ferais figure
D'accusée principale


Il paraît que tu la couvres de fleurs
Au premier vent d'automne
Il paraît qu'à en croire la rumeur
Tu ne crois plus personne
Il paraît qu'elle t'attend chaque jour
Chaque heure, chaque minute
Mais l'amour qu'elle te porte
Ressemble à une insulte

Et toute la ville en parle
Avec des mots qui blessent
Comme les pages à scandales
Où j'apparais sans cesse
En victime intégrale
Et toute la ville en parle
Avec des mots d'injures
Comme à un tribunal
Où je ferais figure
D'accusée principale

Et toute la ville en parle… »


La chanson (quand Madame découvre par les « on dit » ce qu’elle soupçonnait: que Monsieur l’a trompée) s’insérait entre l’aveu d’une déception amoureuse (I remember You) et le tumultueux  retour du mari volage précédant le pardon (Toi émoi), avant l’éjection du malotru hors de la maison familiale (Tu ne vaux pas une larme). On était plus dans le vaudeville que dans la tragédie mais…
Mais du rire aux larmes la frontière est parfois peu visible et on aime comme on rit : parfois jaune. Alors, Michèle Torr l’expliquera elle-même sur la scène de l’Olympia en janvier 1996 ainsi que sur son album Le meilleur de Michèle Torr en public, si elle décide de ne plus chanter ce titre,  c’est que, quand elle a retrouvé dans sa chanson l’écho de ce qu’elle était en train de vivre, son couple avec Jean  Vidal traversant une crise majeure qui se soldera, après une apparente réconciliation en 1989, par une demande de divorce en 1990, elle a décidé de le bannir de son répertoire. Mais le temps ayant « arrangé » les choses, elle reviendra sur sa décision et reprendra donc « sa » chanson, définitivement, en 1996, et on la retrouvera dans plusieurs tours de chant, y compris celui de son spectacle au Trianon, le 18 octobre 2015, Intimiste.


Et « Bruga » dans tout ça ? Ce n’est pas avec eux que les albums studio Chansons de toujours et I remember You ont été enregistrés. Car la frontière entre musiciens studio et musiciens de scène reste difficile à franchir. Ce n’est pas non plus avec eux que Michèle Torr s’est produite sur les plateaux télévisés. Par contre c’est toujours avantageusement accompagnée par « Bruga »  qu’elle continue de monter sur scène, avec un tour de chant dont l’ossature reste la même que celle du spectacle de l’Olympia. « Bruga » l’accompagnera jusqu’à la fin de l’été 1988, pour les derniers spectacles avant la sortie de Je t’avais rapporté, en octobre 1988.
Ainsi, ils se sont produits, entre autres, pendant l’été 1988, à Talence, au Pontet, à Saint-Vongay, à Roubaix, à Valencienne, à Sisteron, à Istres, à Gaillard…


Après presque trois ans d'une collaboration soutenue le Groupe Bruga cesse d'accompagner Michèle. Aucune mésentente à l'origine de cela et Patrick a toujours en mémoire les mots élogieux de Jean Vidal à l'égard du groupe, qui le touchèrent particulièrement à l'époque. La gestion de l'orchestre devenait lourde pour Patrick, d'autant qu'il commençait à aborder plus intensément la composition. Il souhaite alors retrouver du temps purement consacré à l'artistique. Après qu'il le leur eût proposé, les membres du groupe ne souhaitèrent pas continuer sans lui.
… Clap de fin ! Mais Patrick est toujours heureux de croiser Michèle, et le "bienveillant" Daniel Mecca à l'occasion.


Merci à Patrick Brugalières qui, déjà venu apporter sa contribution en participant à l’émission du 21 novembre 2015 que le regretté Philippe Bastide avait consacrée à Michèle Torr, sur Bergerac 95, a grandement contribué à l’élaboration mais aussi à la rédaction de cette chronique sur … les années Bruga.


FIN

dimanche 1 janvier 2017


L'admirateur vous souhaite
ainsi qu'à Mme Michèle Torr
une bonne année 2017.